
Mobilité : le contre-modèle de Paris
L’ouverture, fin août, d’une nouvelle portion de l’autoroute A100 à Berlin est le symbole d’une ville qui va à reculons alors que d’autres capitale ont changé de cap depuis longtemps.
L'autoroute la plus chère d'Allemagne
Douze ans de travaux, des coûts s’élevant à plusieurs milliards d’euros, et voilà que les premières voitures roulent désormais sur le tout dernier tronçon de l’autoroute urbaine berlinoise. Plus de 3 kilomètres d’asphalte entre Neukölln et Treptow: le tronçon d’autoroute le plus cher jamais construit en Allemagne.
L'autoroute n'est pas finie
Tandis qu’Utrecht démantèle ses routes, Copenhague et Vienne misent sur les pistes cyclables et que Paris rend des quartiers entiers piétonniers, Berlin prévoit déjà le prolongement de l’A100 vers Friedrichshain. Plusieurs clubs pourraient disparaître, des zones pour des logements seront perdues.
Une ville sans vision
Le gouvernement berlinois défend le projet en arguant qu’il s’agit d’une « politique des transports pour tous, y compris pour les automobilistes »
« Berlin n’a jamais eu de vision en matière de mobilité. Même les écologistes, qui ont mené une politique surtout symbolique, n’y ont pas contribué », commente Ragnhild Sørensen, le porte-parole de « Changing Cities », une ONG à l’origine de la loi mobilité de 2018 dans la capitale.
Aucune zone piétonnière en 40 ans
Berlin n’est pas une ville pionnière en Europe en matière de mobilité. La dernière grande zone piétonne créée à Berlin remonte à 1987, dans le quartier Nikolai (Est)… sous le régime communiste.
Quand les rues sont rebaptisées « pistes cyclables », elle n’ont rien de particulier sinon qu’elles sont marquées sur le sol par une épaisse couche de peinture rouge.
La priorité à la voiture
Théoriquement, seuls les riverains peuvent y rouler. Mais la règle n’est pas respectée, faute de contrôle, et les parkings pour les voitures n’y sont pas supprimés.
Aux élections de février 2023, le conservateur Kai Wegner (CDU) a bâti son succès sur un seul mot d’ordre : défendre la voiture. « La majorité des Berlinois en avait assez d’une politique écologiste contre l’automobile », triomphe le nouveau maire. Depuis, la capitale allemande, désormais gouvernée sans les Verts, fait marche arrière.
La vitesse remontée à 50 km/h
Les pistes cyclables ne doivent pas ralentir la circulation, résume Wegner, qui entend « changer de politique » au profit des automobilistes. Là où Paris limite la vitesse à 30 km/h, Berlin relève la barre à 50 sur douze grands axes. « Inutile de rouler à 30, nos objectifs climatiques sont atteints », assure sa sénatrice aux Transports, Manja Schreiner. Or ce retour inquiète : « plus de bruit, plus d’accidents, plus de pollution », alerte l’association Changing Cities.
La pollution repart à la hausse
Même logique pour le stationnement. Pas question d’imiter Paris et ses parkings hors de prix pour SUV : à Berlin, se garer doit rester facile, parfois gratuit. Les résidents déboursent en moyenne 12 euros… par an. Et de nouvelles places sortent de terre.
Wegner soutient aussi l’achèvement de l’autoroute urbaine A100, chantier pharaonique du libéral Volker Wissing, ministre fédéral des Transports. Une « relique des années 50 », dénoncent écologistes et gauche radicale.
Tramways gelés, métro en sommeil, pistes cyclables freinées : « tout est fait pour la voiture », constate Ragnhild Sørensen. Mais le pari est risqué. Car Berlin, déjà ville la plus embouteillée d’Allemagne, voit son trafic et sa pollution repartir à la hausse.
Christophe Bourdoiseau